J'ai mis un an à faire un bunny hop correct. Un an de tentatives foireuses dans un parking, de conseils contradictoires lus sur des forums, de vidéos YouTube visionnées en boucle sans vraiment comprendre pourquoi mon vélo refusait de quitter le sol d'une seule pièce. Un pote rider m'a regardé essayer pendant cinq minutes, m'a dit "tu lèves d'abord l'avant, après tu pousses vers l'arrière" et j'ai fait mon premier vrai bunny hop dans la foulée. La théorie était là depuis le début. L'image mentale manquait.
Les sauts à VTT, c'est une des compétences qui changent le plus la façon de rouler. Pas juste pour faire des figures ou impressionner les autres sur le bike park. Un bon bunny hop permet d'éviter un obstacle en chemin, de passer une racine sans ralentir, d'ajuster la trajectoire en descente. Le drop stabilise la confiance pour les passages exposés. Ce sont des outils techniques au service du plaisir de rouler.
Le bunny hop : décomposer pour comprendre
La mécanique réelle
Le bunny hop, ce n'est pas sauter en appuyant sur les deux pédales en même temps. C'est une séquence en deux temps. Premier temps : scooper l'avant du vélo en tirant le guidon vers le haut et en reculant le bassin. Deuxième temps : une fois l'avant en l'air, pousser les pédales vers l'avant et vers le bas pour lever l'arrière. Le résultat, quand c'est bien fait, c'est le vélo entier qui quitte le sol de façon fluide.
La hauteur du saut dépend de la précision de ces deux mouvements et de l'énergie mise dedans. Un bunny hop de 20 centimètres et un bunny hop de 60 centimètres utilisent exactement la même mécanique, juste avec plus d'amplitude.
La progression en parking
Commencez par le manualling — lever uniquement la roue avant sans que la roue arrière quitte le sol. Tirez le guidon vers le haut, déportez le poids vers l'arrière, trouvez l'équilibre. C'est inconfortable au début, la peur de basculer vers l'arrière est normale. Mais ce mouvement est exactement la première phase du bunny hop.
Ensuite, travaillez le "kick" arrière sans forcément lever l'avant : debout sur les pédales, une pression vers l'avant puis une poussée rapide vers l'arrière pour que la roue arrière se soulève légèrement. Ça ressemble à un pivot sur la roue avant.
Combinez les deux, et vous avez votre bunny hop. Utilisez une ligne au sol comme cible. Puis une planche de bois de 2 centimètres d'épaisseur. Augmentez progressivement.
Les drops : surmonter la psychologie
Le drop, c'est une rupture de terrain — une corniche, un rocher, un bord de plateforme — depuis laquelle vous vous envolez pour atterrir plus bas. La peur est proportionnelle à la hauteur perçue, qui n'est pas toujours la hauteur réelle.
Le premier obstacle psychologique avec les drops, c'est la vision. On approche du bord, on regarde le vide, le cerveau envoie un signal d'alarme et on freine. Ce freinage de panique, combiné à la rupture de terrain, peut projeter le rider par-dessus le guidon. Contre-intuitif, mais freiner sur un drop est plus dangereux que de le prendre à vitesse.
La technique correcte
Approche à vitesse stable et contrôlée. Regard loin devant, pas sur le bord. Position neutre sur le vélo : genoux fléchis, talons bas, coudes légèrement sortis. Au bord, relâchez les freins. Dans les airs, gardez les bras et les jambes souples pour absorber l'atterrissage. À la réception, accompagnez le sol avec les bras et les jambes en même temps, les deux roues ensemble si possible.
La faute classique du débutant : freiner de panique juste avant le bord, ce qui ralentit le vélo et crée un saut non contrôlé. Ou arriver trop vite et ne pas avoir la bonne position dans les airs.
Progresser par la taille
Commencez sur un drop de 30 à 40 centimètres maximum. Vraiment. Si possible, un drop sur terrain mou (herbe, sable) pour que les atterrissages soient indulgents. Les bike parks avec des drops progressifs labellisés sont excellents pour ça : un, deux, trois, quatre paliers de hauteur, vous choisissez selon votre niveau.
J'ai passé ma première saison de "sauts" uniquement sur des drops de moins d'un mètre. C'est là que la technique se construit. Les grands drops, ça vient tout seul une fois que les fondamentaux sont solides.
Les tables et les lips : le jeu de la trajectoire
Une table, c'est un saut avec une phase de vol horizontale — vous décollez d'un tremplin et vous retombez à la même hauteur ou légèrement plus bas. C'est le format le plus courant dans les bike parks.
La beauté des tables, c'est qu'elles sont indulgentes. Si vous n'avez pas assez de vitesse, vous atterrissez sur le plat de la table. Si vous en avez trop, vous survolerez la table et atterrirez derrière. Dans les deux cas, c'est rattrapable — contrairement à un drop qui punit les erreurs de vitesse.
Lire la vitesse d'abord
Chaque table a une vitesse optimale. Trop lente, vous atterrissez court. Trop rapide, vous sautez loin. La vitesse optimale, c'est celle qui vous fait décoller proprement et atterrir dans la zone prévue.
Observez les autres riders avant de vous lancer. Regardez où ils décollent, où ils atterrissent, comment ils gèrent la phase de vol. Sur un bike park, regardez les lignes de peeling dans le sol — elles indiquent où les autres atterrissent.
Commencez à vitesse basse et augmentez progressivement. Il vaut mieux atterrir court sur un trampoline que long derrière un saut.
La posture dans les airs
Dans les airs, gardez une position neutre — ne faites rien. Résistez à l'envie de pousser ou de tirer le guidon pour corriger la trajectoire. C'est au décollage que se décide la trajectoire, pas dans les airs. Une fois décollé, votre seule vraie action est d'amortir l'atterrissage.
Les riders avancés peuvent modifier la trajectoire dans les airs avec des transferts de poids — c'est là qu'arrivent les figures comme le table-top ou le no-hander. Mais ça vient bien après les bases.
Les erreurs qui coûtent cher
Regarder le sol : toujours regarder loin devant, là où vous voulez atterrir. Freiner dans les airs : ça déstabilise l'atterrissage en bloquant la roue avant. Bras tendus à l'atterrissage : les coudes absorbent le choc, pas les épaules. Sous-estimer la vitesse nécessaire : la plupart des crashes sur les tables viennent d'une vitesse insuffisante. Commencer trop grand : la progression est la seule voie sure.
La dernière fois que je suis allé au bike park de Font Romeu avec deux collègues qui commençaient les sauts, on a passé deux heures sur le parcours débutant. Pas pour se moquer de la taille des obstacles, mais parce que ce sont là que se construisent les automatismes. Trois mois plus tard, ils roulaient sur des tables que je trouvais intimidantes il y a quatre ans. C'est la preuve que la méthode fonctionne quand on ne brûle pas les étapes.

